L’ANTHRACNOSE

Provoquée par un champignon, Elsinoë ampelina, et aussi appelée anthracnose maculée, cette maladie très rare aujourd’hui en Europe est localisée dans les vignobles ou parcelles de vignes-mères de porte-greffes non traitées contre le mildiou. L’anthracnose est, avec l’excoriose, l’une des seules maladies originaire d’Europe et exportée vers l’Amérique.

Quels sont les symptômes de l’anthracnose?

Tous les organes verts de la vigne peuvent être touchés par l’anthracnose :

  • sur rameaux : les parties jeunes des rameaux sont les plus réceptives au champignon. Il apparaît d’abord des taches noires irrégulières qui évoluent en chancres gris auréolés de noir. L’intérieur est fibreux et lorsque ces lésions sont nombreuses, elles confluent et l’extrémité des rameaux semble grillée. Les rameaux atteints sont ainsi fragilisés, et leur croissance peut prendre une forme en crosse lorsque les nécroses sont nombreuses
  • sur feuilles : au printemps on observe de petites taches circulaires de 1 à 5 mm de diamètre. Le centre des lésions, de couleur grise, se dessèche, tombe et laisse apparaître un trou entouré d’une bordure noire. Si les nervures sont atteintes, les feuilles se crispent. Si l’ensemble du limbe est touché, la feuille ne pouvant pas se développer, se déforme ou se dessèche
  • sur inflorescences et grappes : en cas d’attaques sévères d’anthracnose, les inflorescences et les grappes peuvent se dessécher complètement. Sur les baies et les rafles, on observe d’abord des points noirs circulaires qui se transforment en chancres avec une bordure noire
Anthracnose sur rameau
Anthracnose sur racines
Anthracnose sur feuille
Anthracnose sur un pied de SO4

Quelle est la biologie du champignon associé à l’anthracnose de la vigne ?

Elsinoë ampelina est un champignon spécifique de la vigne, et son cycle est encore mal connu. A la fin de l’été, les bords des chancres se transforment en sclérotes, qui constituent probablement les formes hivernales de conservation du champignon. Au printemps suivant, ces sclérotes germent et produisent des conidies (spores asexuées), après au moins 24 heures d’humectation à une température supérieure à 2°C. Les conidies entraînées par les gouttes d’eau de pluie contaminent les organes verts de la vigne, même si la pluie n’excède pas 2 mm, et constituent les infections primaires. Ces dernières sont susceptibles d’être à l’origine de contaminations secondaires, qui se produisent à partir de conidies formées sur les lésions primaires. L’anthracnose est une maladie de la vigne se manifestant par foyers. Durant le cycle végétatif, les champignons peuvent se conserver sous forme de sclérotes et ou par le mycélium, qui peut rester à l’état latent dans les lésions et se redévelopper en cas de forte humidité.

Quels facteurs favorisants et quelles méthodes de lutte prophylactique contre l’anthracnose de la vigne ?

  • La forte humidité printanière, les températures élevées, les sols riches et les bas-fonds, la vigueur excessive de la vigne favorisent l’anthracnose de la vigne. Il s’agit de la maladie principale des vignobles plantés en zone tropicale ou subtropicale
  • La méthode prophylactique la plus efficace consiste à éliminer au moment de la taille les rameaux atteints, à les évacuer de la parcelle ou à les brûler. Les sclérotes, formes de conservation, sont en effet présents sur les écorces, dans les chancres, sur les fruits momifiés, … La maîtrise de la vigueur par la fertilisation ou l’enherbement est un autre élément clé
  • Pierre Galet a proposé en 1977 une classification de la sensibilité de différents cépages à l’anthracnose :

Cépages sensiblesCépages assez sensiblesCépages peu sensibles
Cabernets, Carignan, Chasselats, Cinsault, Clairette, Duras, Grenache, Malbec, Merlot, Muscats, Portugais bleu, Riseling, Sultanine, Sylvaner " &nbsp ; "Alphonse Lavallée, Olivette blancheChenin, Mourvèdren Pinots, Sauvignon, Sémillon, Syrah

Cette liste est loin d’être exhaustive ; l’anthracnose faisant l’objet de peu de travaux, ne constituant pas une impasse technique et s’avérant peu préjudiciable en vignobles traités. Par contre, elle peut être redoutable en vignobles d’hybrides (Canada, …), peu protégés contre le mildiou et l’oïdium.

Quelle lutte chimique contre l’anthracnose de la vigne ?

Il n’existe pas en France de catégorie d’homologation de fongicides destinés à la lutte contre l’anthracnose. Les traitements de printemps et d’été avec les fongicides anti-mildiou permettent de maîtriser cette maladie. Par contre, dans le contexte du développement de variétés résistantes au mildiou et à l’oïdium, il s’agit d’un parasite à surveiller au même titre que le black rot. En l’absence de maîtrise du champignon par les effets secondaires des fongicides couramment employés, il pourrait en effet se développer rapidement sur les variétés sensibles, à la faveur de printemps humides par exemple. A noter : certains porte-greffes y sont sensibles dans les conditions de culture des vignes-mères (3309 C, 101-14 Mgt, SO4, …). Il est parfois nécessaire de réaliser des traitements anti-mildiou dans les parcelles en cas de printemps très humide et attaques antérieures, la production de bois pouvant être réduite à néant en cas de forte attaque.

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