LE BIOCONTRÔLE

Le biocontrôle s’appuie sur des agents vivants ou issus du vivant. Il s’inscrit dans une démarche de protection intégrée permettant d’assurer, voire d’améliorer la protection des cultures et des récoltes tout en ayant recours à des produits dont le profil toxicologique et écotoxicologique est plus favorable, donc susceptible de mieux maintenir la biodiversité.

Quel est le principe du biocontrôle et quels sont ses avantages ?

La définition du biocontrôle est inscrite dans la Loi n° 2014-1170 du 13 octobre 2014 d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt.

Le biocontrôle regroupe l’ensemble des méthodes de protection préventives des cultures s’appuyant sur des mécanismes naturels de régulation des bio-agresseurs. Il fait partie des techniques de lutte intégrée. Le biocontrôle s’appuie sur des notions d’équilibre entre les différentes espèces et il ne vise pas l’éradication d’un parasite ou d’un pathogène mais plutôt à limiter sa présence pour qu’elle ne soit pas nuisible à la culture.

Ces notions d’équilibre se retrouvent dans certains modes d’action qui sont très éloignés des produits chimiques conventionnels : compétition spatiale et nutritive par des bactéries ou des champignons, stimulation des défenses naturelles, substances répulsives… On est aussi confronté dans cette définition à des méthodes à efficacité « partielle » : on diminue la population du bio-agresseur. Le biocontrôle est à distinguer des moyens de protection utilisables en viticulture biologique même s’ils possèdent de nombreux points communs.

Le statut biocontrôle apporte des avantages « administratifs » aux produits concernés : ils bénéficient d’une taxe sur les PPP réduite, ils peuvent être utilisés en ZNA et par les particuliers et la publicité pour ces produits est autorisée.

Comment mettre en œuvre le biocontrôle ?

La technique de mise en œuvre dépend généralement du mode d’action des solutions de biocontrôle et de leur nature.
Pour certaines techniques déjà bien connues comme la confusion sexuelle, les insecticides à base de Bacillus thuringiensis, le soufre… les modes d’emploi sont bien définis et ils apportent de bonnes efficacités. Pour les trichogrammes (micro-hyménoptères parasitoïdes des œufs de tordeuses), un programme de pose de diffuseurs est proposé, en évitant l’application de soufre pendant la période de couverture.
Pour d’autres modes d’action comme les stimulateurs des défenses (SDP), le positionnement est plus empirique : les préconisations font intervenir les produits complémentés avec des doses réduites de fongicides conventionnels en début ou fin de saison et suivant la présence ou non de symptômes, la période de la floraison (plus sensible) reste couverte de façon conventionnelle.
Pour les micro-organismes vivants (exemple compétition contre le botrytis), les règles d’application sont liées à des conditions climatiques (hygrométrie forte, température modérée) pour favoriser leur implantation.

Comment décompte-t-on le biocontrôle dans l’IFT ?

Actuellement, on compte les produits de biocontrôle dans l’IFT global, qui comprend tous les produits utilisés (produits phytosanitaires classiques et produits de biocontrôle). Un produit de biocontrôle est comptabilisé comme un produit classique mais peut aussi être calculé à part (IFT biocontrôle).

Quels sont les produits de biocontrôle homologués en viticulture et à quelle dose s’emploient-ils ?

Les produits de biocontrôle sont décrits comme « des agents et produits utilisant des mécanismes naturels dans le cadre de la lutte intégrée contre les ennemis des cultures ». Ils sont classés en 4 grandes catégories :

  • Macro-organismes : concerne des organismes vivants de taille macroscopique : nématodes, insectes, invertébrés, vertébrés… Cette catégorie ne se retrouve pas dans la liste biocontrôle (qui ne compile que les produits phytopharmaceutiques).
  • Micro-organismes : concerne les organismes vivants microscopiques (bactéries, levures, champignons, virus…)
  • Médiateurs chimiques : regroupe les molécules de communication (kairomones) ou de comportement sexuel (phéromones).
  • Substances d’origine naturelle (végétale, animale, minérale) : catégorie très vaste regroupant de nombreuses origines et nombreux mode d’action.

Hormis la catégorie « macro-organismes », les produits de biocontrôle sont des produits phytopharmaceutiques (PPP), soumis à Autorisation de Mise sur le Marché (Règlement CE 1107/2009). Le statut biocontrôle est attribué aux produits par rapport à une liste de critères tels que l’exclusion de certaines mentions de danger envers l’environnement et la santé, l’origine naturelle des substances actives… Actuellement plus d’une trentaine de substances sont listées biocontrôle pour la viticulture (voir Q6 et Q7).

Quelles sont les confusions à éviter ?

Biocontrôle et Agriculture Biologique (AB) : il n’y a pas de lien systématique entre le biocontrôle et l’AB. Certains produits de biocontrôle ne sont pas utilisables en AB (par exemple les produits à base de phosphite) et inversement (les insecticides AB à base de Spinosad contre les tordeuses de la vigne ne sont pas listés biocontrôle).

Biocontrôle et Biostimulants : les biostimulants agissent sur la croissance et le développement du végétal, ils ne concernent pas la protection contre les maladies ou les ravageurs, ce ne sont pas des produits phytopharmaceutiques. Ils appartiennent à la catégorie des matières fertilisantes et support de culture (MFSC). Ils n’ont donc aucun lien avec les produits de biocontrôle.

Biocontrôle et SDP : le terme SDP pour stimulateurs des défenses des plantes (ou parfois SDN pour stimulateur des défenses naturelles) fait référence à un mode d’action de produits de protection des plantes. Il n’y a pas de lien systématique avec le biocontrôle, l’inscription du produit se fait sur les critères évoqués plus haut. Certains produits PPP à action SDP sont classés biocontrôle, d’autres non.

Où trouver la liste officielle des produits de biocontrôle ?

Une note du Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation recense tous les produits qui répondent au statut biocontrôle par noms commerciaux, toutes cultures confondues. Elle est mise à jour chaque mois (voir la note).

L’index acta biocontrôle recense les substances actives et spécialités commerciales autorisées en biocontrôle pour toutes les productions agricoles (voir l’index).

Où trouver la liste des produits de biocontrôle pour la viticulture ?

A partir de la note du Ministère, l’IFV édite une liste qui ne concerne que les produits relatifs à la viticulture. Cette liste est mise à jour et disponible sur les sites de l’IFV et d’EcophytoPIC.

Est-ce que le biocontrôle est efficace ?

La question de l’efficacité des solutions de biocontrôle est récurrente et légitime pour tous ceux qui veulent intégrer cette technique dans les itinéraires de protection. La notion d’efficacité « partielle » est un paramètre à prendre en compte : les solutions proposées n’éradiquent pas les parasites mais vont faire baisser la pression parasitaire. On est en ce sens très proche de la définition du biocontrôle (agir sur les équilibres, ne pas chercher l’éradication systématique).
Cette notion est prise en compte dans la constitution des dossiers d’homologation et d’autorisation de mise sur le marché.

Là aussi, il faut répondre au cas par cas.
Les solutions « historiques » déjà citées plus haut sont efficaces et connues : confusion sexuelle, insecticides à base de Bacillus thuringiensis, soufre, phosphites… Ces solutions font partie de la boîte à outils biocontrôle et sont d’ores et déjà utilisables, voire utilisées par bon nombre de viticulteurs.
D’autres solutions récentes sont plus complexes à aborder : c’est le cas notamment des SDP qui agissent sur la physiologie de la vigne et de façon indirecte sur le pathogène. On ne connait pas encore très bien la mise en place des mécanismes de défenses au vignoble (contrairement aux conditions contrôlées type laboratoire ou serre). De ce fait on obtient parfois des résultats très variables d’un millésime à l’autre, où de nombreux facteurs sont suspectés d’avoir un impact sur l’efficacité : pression parasitaire, climatologie, formulation…etc. Ceci explique les préconisations d’emploi empiriques proposées actuellement qui associent systématiquement les SDP avec des fongicides.
Les micro-organismes vivants sont aussi des solutions peu connues : comment s’implantent-ils au vignoble ? Quelles conditions sont favorables à leur survie ? Quel est l’impact de la micro-flore présente sur les organes végétaux ? Ces questions font l’objet de nombreux projets de recherche appliquée.

L’IFV est impliqué dans différents projets au niveau national ou régional pour mieux employer les biocontrôles. Next’Gen Viti, porté par l’IFV Sud-Ouest, s’intéresse par exemple à l’intégration des biocontrôles à la robotisation afin de repenser complètement nos choix d’intervention. B2V, porté par Vinovalie, cherche à mettre au point un produit de biocontrôle issu de la vigne. Enfin, le projet RESAP Biocontrôle, financé par la région Occitanie, porté par l’IFV LR, en partenariat avec les CA, vise à proposer des solutions pour une réduction importante des IFT.
L’IFV est également membre du RMT (Réseau Mixte Technologique) Elicitra qui vise à comprendre, développer et promouvoir les stratégies basées sur le traitement des plantes avec des éliciteurs.
D’autre part, le Consortium Biocontrôle qui fédère les firmes développant du biocontrôle et les organismes de recherche (INRA, Universités, Instituts techniques) a pour mission d’orienter et de favoriser des projets de recherche pour améliorer le développement du biocontrôle en protection des cultures.

Quel est le coût du biocontrôle ?

Le coût d’un produit de biocontrôle est généralement un peu plus élevé que celui d’un produit classique. Il faut aussi prendre en compte pour certains la mise en œuvre (traitement spécifique, pose de diffuseurs…).

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