Les différents types de méristèmes et de bourgeons

1 Mar 2026

Par Alain Deloire, Professeur retraité de Viticulture, Institut Agro-Montpellier et Anne Pellegrino, Institut Agro-Montpellier

Pour raisonner la taille et la gestion du couvert végétal, il est essentiel de connaître et de comprendre le fonctionnement et la morphologie de la vigne.

Saviez-vous que chez la vigne, on peut identifier 6 types de bourgeons ou de méristèmes caulinaires, présents sur une plante adulte ?

Selon les conditions environnementales et les objectifs de production, les pratiques culturales peuvent équilibrer le développement des différentes catégories de méristèmes afin d’optimiser la forme et le fonctionnement du système aérien (architecture de la canopée).

Présentons les 6 types de méristèmes/bourgeons présents sur une vigne adulte (figures 1, 2 et 3).

1. Le méristème apical caulinaire (R0) – Il s’agit de l’extrémité de la tige principale en croissance. Il développe tous les organes de la tige, y compris les méristèmes axillaires (Fournioux, 1995). Ce méristème produit des organes latéraux organisés selon un plan distique alterné. Également appelé bourgeon terminal ou apex, cette structure meurt lorsque la croissance primaire cesse (les rameaux de vigne se développent selon un modèle sympodial).

2. Les entre-cœurs (R1) – Ce sont les premiers méristèmes latéraux formés par R0 à chaque nœud de toute tige en croissance, à l’aisselle des feuilles (Bugnon, 1953 ; Bugnon et Bessis, 1968 ; Deloire et al., 2020). Sauf en cas de vigueur excessive et/ou d’écimage précoce, cet axe ne se développe que sur quelques centimètres sans lignification. À la fin du cycle végétatif en cours, il subit une abscission qui laisse une cicatrice sur la tige principale. La phyllotaxie de R1 est également distique alternée, mais selon un plan orthogonal à celui de R0.

Figure 1 : Organisation d’un rameau primaire de vigne (tige) et ses 4 types de méristèmes

3 et 4. Les bourgeons d’hiver (R2+ R3) (Figure 2).
Les R2 sont les premiers méristèmes axillaires formés par les entre-cœurs. À la base de l’entre-cœur, ce méristème est initié à l’aisselle de la première pré-feuille de R1 (Carolus, 1970), laquelle forme la première écaille du futur bourgeon d’hiver. Cette structure évolue en un complexe de bourgeons rudimentaires appelé complexe gemmaire. En effet, le méristème de l’axe R2 développe jusqu’à 10 phytomères préformés ainsi que des méristèmes axillaires secondaires R3. Tous les types d’organes végétatifs (stipules, feuilles, vrilles, méristèmes secondaires) et reproducteurs (inflorescences) sont présents dans le bourgeon d’hiver (sous forme de primordia), mais leur déploiement n’a lieu qu’au débourrement lors du démarrage d’un nouveau cycle cultural (Rivals, 1965).
Au cours de la saison, le développement de R2 est d’abord inhibé par la dominance apicale des méristèmes R0 et R1, puis par l’endodormance (équilibre hormonal défavorable) et l’écodormance (conditions thermiques défavorables).
NB : La phyllotaxie de R2 est orthogonale à celle de R1, donc parallèle à celle de R0. Année après année, la tige peut ainsi conserver la même organisation dorso-ventrale.

Figure 2 : (a) Organisation d’un bourgeon latent de vigne et ses principaux méristèmes  R2 et R3. (b) Exemple de développement simultané des méristèmes R2 et R3 du bourgeon latent. Le rameau primaire issu du méristème R2 porte la récolte de l’année en cours. 

5. Les bourgeons du vieux bois – Comme les bourgeons basaux, ils sont très rudimentaires, situés sous l’écorce et incapables de fructifier (figure 3). Très fréquents sur les jeunes vignes, ils donnent naissance à des pousses appelées gourmands, dont le développement ne peut être contrôlé ni en nombre ni en position. La formation de bourgeons adventifs n’ayant jamais été observée chez la vigne adulte (Torregrosa, 1995), on suppose qu’ils dérivent d’anciens bourgeons basaux laissés après la taille, qui finissent par être inclus dans les tissus profonds, et dont le nombre diminue avec l’âge de la vigne. Ils possèdent un potentiel naturel de régénération en cas d’accident végétatif majeur (gel hivernal, traumatisme mécanique ou agents pathogènes), utilisé pour renouveler les structures aériennes et limiter l’expansion des maladies du bois.

Figure 3 : Exemple de rameau (appelé gourmand) développé sur le tronc d’une Syrah à partir d’un vieux bourgeon (photo de gauche). (a) & (b) Vieux bourgeons du tronc (Ugni blanc). Ils sont présents sous l’écorce et sont infertiles. (c) Coupe longitudinale et (d) coupe transversale de vieux bourgeons montrant que la plupart d’entre eux sont nécrosés.

Bibliographie

  • Carbonneau A., Torregrosa L., Deloire A., Pellegrino A., Pantin F., Romieu C., Ojeda H.,Jaillard B., Métay A., Abbal P., (2020). Traité de la Vigne, Physiologie-Terroir-Culture, Dunod,Editeur, Paris, France, ISBN 978-2-10-079857-5, 689 p.

     

  • Torregrosa L., Carbonneau A., Kelner J.J., (2021). The shoot system architecture of Vitis vinifera ssp. Sativa, https://doi.org/10.1016/j.scienta.2021.110404