La récolte 2026 (ou plus généralement année N+1) s’est mise en place dès 2025 (ou plus généralement année N) par la différenciation des primordia d’inflorescences dans les bourgeons latents en formation sur les rameaux primaires en croissance (figures 1 & 2).
Figure 1 : (a) Morphologie d’un bourgeon latent de vigne.
(b) Section longitudinale d’un bourgeon latent de vigne.
Figure 2 : Début de formation des fleurs dans les bourgeons latents (d’après Swanepoel et Archers, 1988).
(a) : Primordium d’inflorescence avant l’entrée du bourgeon en dormance hivernale. Aucun primordium de calice n’est observé sur le primordium de rameau (PR).
(b) : Différents stades de développement des primordia floraux sur un même primordium de rameau. Co = corolle, Et = étamines, Sp = sépales.
(c ) : Anneau continu de sépales (Sp) formé avant l’apparition de l’inflorescence sur la pousse. Br = bractée.
(d) : Coiffe incomplète du calice (Ca) formée au-dessus de la corolle (Co) et des étamines (Et) en cours d’initiation.
Cette différenciation (2025) est spatio-temporelle : la fertilité des bourgeons latents sur le sarment dépend donc de leur position, mais aussi des conditions climatiques et de la physiologie de la vigne durant la croissance du rameau primaire (futur sarment).
La récolte (2026), dépend donc de la fertilité des bourgeons laissés à la taille, mais également du développement des fleurs et des baies sur la période du débourrement (voire du pré-débourrement) jusqu’à la vendange (figure 3). Les conditions climatiques et la physiologie de la plante jouent là aussi un rôle majeur sur le succès du développement reproducteur.
Au cours de ces deux années successives d’élaboration des composantes du rendement, l’interaction cépage–environnement est omniprésente (en effet, on n’échappe pas à ces deux composantes pour raisonner et comprendre !).
Mais alors comment se fait la différenciation des fleurs de l’année N à l’année N+1 ?
Architecture et structure des inflorescences et des fleurs
Les ramifications sur les inflorescences ou grappes sont décrites en trichasium (Pratt, 1971). Ce terme correspond à un type de ramification appartenant à la catégorie plus large des cymes (figure 4).
Figure 4 : Exemples de cymes en développement, constituées en moyenne de 5 à 8 fleurs de vigne. (a) & (b) : l’inflorescence porte les cymes ; (c) & (d) : morphologie des cymes de vigne : (c) fleurs en développement avec les capuchons soudés ; (d) morphologie d’une cyme développée à la floraison.
Dans un trichasium :
l’axe principal se termine par une fleur ;
puis deux ramifications latérales se développent en dessous ;
chacune de ces ramifications peut à son tour se terminer par une fleur et produire deux nouvelles ramifications latérales.
La structure se ramifie donc de façon répétée en trois parties (« tri- » = trois). La «grappe de raisin » apparente n’est donc pas simplement un axe portant des fleurs, mais un système de ramifications hautement organisé.
Voici le principe de base :
Visualisation simplifiée :
Fleur
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——————————-
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Ramification Ramification
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Fleur Fleur
Dans les études du développement de la vigne, ce concept est important car il permet d’expliquer :
- comment les primordia floraux sont organisés ;
- pourquoi les fleurs d’une même grappe peuvent se développer de manière asynchrone ;
- et comment l’architecture finale de la grappe se met en place.
Le terme était couramment utilisé dans les études classiques de morphologie botanique portant sur l’ontogénie des inflorescences de la vigne.
La structure de chaque fleur est pentamère, ce qui introduit à un niveau supplémentaire d’organisation (figure 5). Elle comprend en effet :
- 5 sépales avortés
- 5 pétales soudés formant un capuchon dont la déhiscence se fait à la base
- 5 étamines portant les anthères contenant le pollen
- Un ovaire (composé de 2 carpelles contenant chacun 2 ovules)
Formation des fleurs année N
Le début du développement des premières fleurs se produit dans les 10 à 15 jours suivant l’apparition du primordium d’inflorescence. Sur chaque primordium, 5 à 6 primordia floraux se forment.
Pour Swanepoel et Archers (1988) aucune formation du calice n’a été observée dans l’inflorescence avant l’entrée du bourgeon en dormance hivernale (figure 2, a). Les bractées sous-tendant le primordium floral (figure 2, b) ont conduit à cette conclusion dans les études réalisées au microscope optique.
Les primordia floraux présentent toutefois différents stades de développement sur un même primordium de tige ; par exemple, la corolle (pétales) est déjà formée et les étamines initiées, alors que, dans le primordium floral adjacent, aucun signe de primordium de corolle n’est visible (figure 2, a). Il apparaît donc clairement que les fleurs d’une même inflorescence n’atteignent pas simultanément le même stade de développement.
L’initiation des sépales (calice) a commencé avant l’apparition du primordium d’inflorescence sur la tige après le débourrement. Un anneau continu de tissu (figure 2, c) se forme alors, recouvrant l’ensemble du primordium floral (lors de la fin de la différenciation d’une fleur, le calice est avorté, c’est-à-dire que les sépales ne se développent pas). Il constituait ainsi une coiffe incomplète au-dessus de la corolle et des étamines en cours d’initiation (figure 2, d).
Formation des fleurs année N+1
Le débourrement marque la reprise du développement et de la croissance des structures préformées dans le bourgeon latent, i.e. le rameau primaire et les inflorescences sur lesquelles se différencient les méristèmes floraux qui vont former les fleurs (figure 3).
Le rameau primaire se développe de façon linéaire en fonction du temps thermique en l’absence de contrainte environnementale importante (concept de phyllochrone, Pellegrino et al., 2020). Le développement des inflorescences est en revanche particulièrement sensible aux contraintes physiologiques et climatiques (Levin et al., 2020), notamment durant les toutes premières semaines suivant le débourrement, qui s’avèrent cruciales.
Les principaux facteurs susceptibles d’affecter négativement la différenciation de ces organes floraux sont :
• la teneur en eau du sol (sécheresse)
• les basses températures (air et sol)
• les carences en glucides (faibles réserves en sucres)
• les carences en azote et en éléments minéraux (dans le sol et/ou les réserves de la vigne)
• les maladies (p. ex. virus)
• les déséquilibres hormonaux (sujet complexe)
Finalement, rien n’est joué avant l’entrée du raisin en cave (du reste, c’est la meilleure période pour évaluer le rendement réel !).
Figure 3 : Exemple d’un rameau primaire de vigne en début de croissance, après le débourrement du bourgeon latent, sur lequel sont visibles les futures inflorescences (flèches jaunes) ainsi que la différenciation des premières fleurs.
Figure 5 : Exemples de fleurs de vigne.
(a) Fleur dont le capuchon est déhiscent ; la fécondation se réalise souvent sous le capuchon.
(b) La fleur de vigne est pentamère.
Pour en savoir plus (toutes les références ne sont pas indiquées dans le texte) :
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Carbonneau A., Torregrosa L., Deloire A., Pellegrino A., Pantin F., Romieu C., Ojeda H., Jaillard B., Métay A., Abbal P., (2020). Traité de la Vigne, Physiologie-Terroir-Culture, Dunod Editeur, Paris, France, ISBN 978-2-10-079857-5, 689 p.
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Champagnol F., 1984. Eléments de physiologie de la vigne et de viticulture générale. Imp. Dehan, Montpellier.
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Deloire A., Muller B., Berlioz G., Panigai L., 1995. Influence de la lumiere sur la floraison des cepages Chardonnay et Pinot noir en Champagne: relation avec la coulure, le Progrès Agricole et Viticole, 112.
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