LES FONDAMENTAUX DE LA VITICULTURE

Vigueur et expression végétative

2 Juin 2026

Par Alain Deloire, Professeur retraité de Viticulture, Institut Agro-Montpellier et Anne Pellegrino, Institut Agro-Montpellier

L’expression végétative de la vigne est un concept différent de celui de la vigueur

 

La vigueur se définit par le poids et/ou le diamètre des bois de taille. Il convient ici de distinguer le poids frais (PF) des échantillons et leur poids sec (PS, ou masse sèche).

Dans le cadre d’essais de recherche et développement, il est conseillé de mesurer en parallèle du PF le PS du matériel végétal. En effet, le PS est plus précis car il exclut les variations de poids qui seraient uniquement dues à la teneur en eau des échantillons (figures 1a, b).

Figure 1a : Exemple de différence du poids frais et du poids sec de phytomères issus de deux modalités de productivité différente (raisin de table).

Figure 1b : Les mesures du poids frais et du poids sec permettent de calculer la teneur en eau en % de matière sèche par modalité

L’expression végétative définit le volume de la canopée d’un cep de vigne, qui dépend principalement des paramètres suivants :

  • Les combinaisons greffons-porte-greffes et leur adaptation/acclimatation au contexte environnemental (biotique et abiotique) auquel ils sont soumis.
  • Le système de conduite et le mode de taille (par exemple, le rideau double ou la lyre en taille à coursons ou la taille minimale (non taille) présentent un volume de feuillage plus important qu’un gobelet ou un espalier bas avec le même type de taille à coursons.
  • La disponibilité en eau et en azote, en lien avec l’état hydrique et nutritionnel de la vigne. En effet, l’expression végétative issue de la croissance des rameaux primaires et secondaires (entre-cœurs) dépend du climat et des états hydrique, minéral et carboné du cep.
  • L’implantation du système racinaire, le type de racines, le fonctionnement des racines en relation avec le microbiote du sol (mycorhize), la teneur en eau, en azote et en éléments minéraux du sol vont influencer l’expression végétative et fructifère ainsi que la santé de la vigne.  

L’épaisseur de la canopée dépend de la croissance des rameaux secondaires (entre-cœurs issus du méristème R1) qui sont localisés à l’aisselle des feuilles. En effet, les rameaux secondaires poussent orthogonalement aux rameaux primaires (issus des méristèmes R2 et/ou R3 à partir du bourgeon latent).

La figure 2 montre les différents types de méristèmes sur le rameau primaire de vigne. 
La figure 3 illustre la différence entre :

  • Une vigne ayant développé de nombreux rameaux secondaires, présentant une épaisseur de végétation d’environ un mètre (figure 2a ; vigne de merlot en Afrique du Sud), et
  • Une vigne pour laquelle les rameaux secondaires ne se sont pas développés ou ont été éliminés (figure 2b ; vigne de pinotage en Afrique du Sud).

Figure 2 : Organisation d’un rameau primaire (RP) de vigne au stade de croissance herbacée et ses différents types de méristèmes

Figure 3 : Exemple de système de conduite de type espalier illustrant deux épaisseurs de canopée : (a) Canopée épaisse due au développement des entre-cœurs ; (b) canopée « fine » sans développement des rameaux secondaires (photos A . Deloire, 2011). 

Le système de conduite, l’interaction cépage x environnement et les longueurs des rameaux primaires et des rameaux secondaires d’un pied de vigne conditionnent (figure 4):

  • La surface foliaire totale ;
  • La surface foliaire exposée et la pénétration de la lumière (rayonnement) qui dépend aussi de l’épaisseur de la végétation ;
  • Le microclimat des feuilles et de la zone des grappes (rayonnement, température, humidité/VPD) conditionnant le métabolisme des feuilles (photosynthèse, transpiration), le développement (volume) et la composition (métabolites primaires et secondaires) des baies, ainsi que leur exposition aux bioagresseurs (Botrytis, Mildiou, Oïdium…) ;
  • Le rapport feuilles/fruits et son impact sur le bilan carboné de la plante ;
  • La transpiration journalière du cep. 

Les canopées trop épaisses sont à éviter pour des raisons d’entassement de la végétation qui a des conséquences négatives, notamment sur la photosynthèse des feuilles à l’ombre (au centre de la canopée) qui est réduite alors que ces feuilles consomment du carbone (respiration) et de l’eau (transpiration) ; risque de maladies et problèmes de pénétration des produits phytosanitaires. 

En revanche, en climat chaud, il convient de protéger la zone des grappes par ombrage soit avec le feuillage {ne pas effeuiller et ne pas enlever les entre-cœurs dans la zone des grappes, en rappelant que la croissance des rameaux secondaires est liée à l’état hydrique de la vigne (figure 3); limiter le palissage en hauteur pour laisser retomber les rameaux primaires ; ne pas palissé et privilégier les systèmes de conduite retombants (figure 4,b)} soit par ombrage (filet, tunnel, photovoltaïque…). Le microclimat des grappes est à raisonner au cas par cas (génotype, climat, orientation des rangs, teneur en eau des sols…). 

 

L’orientation des rangs est importante, notamment pour le microclimat des grappes :

  • Est/Ouest : exposition au rayonnement direct, principalement de la surface supérieure de la canopée, exposition des grappes et risque limité de brûlure favorisant plus facilement l’effeuillage dans la zone des grappes ;
  • Nord/Sud : exposition au rayonnement partagé matin/après-midi pour les faces est/ouest de la canopée, ayant pour conséquences un risque de brûlure des baies si les grappes sont trop exposées au rayonnement ;
  • Orientation intermédiaire (à réfléchir lors de la plantation en fonction de la topographie, de la mécanisation, du système de conduite choisi et de l’expression végétative escomptée).  

En climat chaud, une orientation Est-Ouest est souvent préférable à l’orientation Nord-Sud pour éviter les risques de brûlure mentionnés ci-dessus.

L’orientation des rangs dépend bien sûr de la topographie, mais aussi d’autres facteurs comme la mécanisation du vignoble par exemple.

Figure 4 : Exemples de systèmes de conduite de la vigne illustrant différentes « expression végétatives » : (a) Espalier palissé ; (b) Système de conduite non palissé de type « sprawling »; (c) Système de conduite Smart-Dyson présentant une haie foliaire verticale importante ; (d) Gobelet palissé ; (e) Gobelet libre (non palissé) (Photos A. Deloire, 2011).  

Bibliographie

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