FICHES PRATIQUES EN ŒNOLOGIE
STABILITÉ PROTÉIQUE ET COLLAGE DES VINS BLANCS A LA BENTONITE
Quel est le mécanisme de la casse protéique dans les vins ?
Quelles sont les protéines responsables de l’instabilité des vins et quels sont les facteurs d’enrichissement des moûts en protéines ?
- le cépage : le Sauvignon Blanc ou le Colombard, par exemple, sont des cépages riches en protéines thermo-instables
- la maturité : la teneur en protéine augmente avec la maturité
- les pratiques viticoles : certaines pratiques viticoles, comme la pulvérisation d’azote foliaire réalisée à la véraison ou l’enherbement, modifient la composition azotée du moût
- les techniques préfermentaires : la macération pelliculaire augmente la teneur des moûts en protéine, la présence de rafles tend à la diminuer (fixation par les tanins)
- la fraction du jus : les jus de presse sont plus riches en protéines que les jus de goutte. Leur incorporation tend par conséquent à augmenter l’instabilité du moût
- la stabilité protéique spontanée du vin qui augmente au cours de sa conservation sur lies
Comment évaluer le risque d’apparition d’un trouble protéique ?
- le test à la chaleur : il consiste à placer le vin limpide à une température donnée pendant un temps donné. La température de chauffage se situe entre 40°C et 100°C. Le test le plus répandu est le chauffage à 80°C pendant 30 minutes
- le test au TCA ou acide trichloroacétique. 10 ml de solution à 55% de TCA sont rajoutés à 100 ml de vin limpide. Le mélange est chauffé 2 min au bain-marie à 100°C et le trouble est observé après refroidissement à température ambiante
- le test à base d’acide phosphomolybdique (à raison de 10%) ou bentotest. Il consiste à rajouter à 10 ml de vin limpide 1 ml de bentotest. Le trouble est observé après mélange et après 7 à 8 minutes à température ambiante.
L’observation d’un trouble léger peut se faire par éclairage lattéral sur fond noir. Dans un endroit sombre, éclairer le bas du tube à essai avec une lampe électrique, et observer le faisseau lumineux à travers le liquide. Elle peut également se faire par mesure de turbidité qui doit être inférieure à 2 NTU.
Les études réalisées par le groupe national de travail sur la stabilité protéique, piloté par l’IFV, ont montré que ces tests ne permettaient pas d’évaluer correctement le risque de casse protéique en bouteille. Lors d’essais réalisés sur des vins conservés en bouteille à 35°C pendant 2 mois, certains vins fortement instables ne se sont pas troublés, alors que d’autres se sont troublés malgré une réaction faible. Ces tests ne donnent aucune indication sur l’évolution des protéines une fois le vin en bouteille.
Quel est l’intérêt de la bentonite pour éviter les troubles protéiques ?
Quelles sont les différentes bentonites disponibles sur le marché ?
- les bentonites sodiques naturelles : elles sont très réactives, possèdent un taux de gonflement important, et fixent facilement les protéines. Elles libèreraient légèrement du sodium dans le vin, mais la baisse d’acidité serait négligeable
- les bentonites calciques : ces bentonites exploitées en Europe sont peu réactives et possèdent un taux de gonflement faible. Leur action sur les protéines est insuffisante, mais elles permettent le tassement des lies.
- les bentonites calciques activées : elles ont subi une activation par le carbonate de sodium ou par la soude, et sont très réactives avec un taux de gonflement très élevé. Leur activité est égale ou supérieure aux bentonites sodiques. Ce sont les bentonites les plus fréquemment utilisées aujourd’hui
- les bentonites sodiques activées : leur activité initiale a été renforcée par traitement, ce qui les rend très actives. Elles sont souvent qualifiées de suractivées
Quelle dose de bentonite utiliser ?
Quand réaliser le collage à la bentonite ?
- des vins qui doivent être consommés jeunes avec soutirage précoce et sans élevage sur lies, ont intérêt à être collés à la bentonite sur moût. Ceci permet de limiter les pertes aromatiques d’un traitement post fermentation alcoolique, d’éliminer les polyphénols oxydases, tout en stimulant la fermentation grâce à un effet support sur les levures. L’argile retardant la sédimentation des bourbes, l’addition de bentonite doit être réalisée sur moût propre après débourbage. L’idéal est de la saupoudrer sur moût (sans gonflement préalable) au cours d’un remontage à la pompe, au début de la fermentation alcoolique, pour bénéficier de la présence protectrice vis à vis de l’oxydation du dioxyde de carbone
- compte tenu de l’effet préjudiciable d’un séjour de plusieurs mois sur bentonite, les vins destinés à être élevés sur lies devront être collés sur vins. Ce séjour sur lies permet également de réduire les doses de bentonite nécessaires à sa stabilisation

François Davaux