LES ROBOTS VITICOLES POUR UN V.I.E.

Les robots viticoles disponibles sur le marché permettent d’accomplir diverses tâches au vignoble et ont vocation à être complémentaires des actions mécaniques et manuelles dans les vignes. La possibilité d’utiliser des robots répond à la fois ainsi aux enjeux de main-d’œuvre et d’optimisation des travaux pour des surfaces plantées importantes, et à la fois aux enjeux de réduction d’intrants avec la problématique des herbicides sous le rang.
Des robots viticoles pour quoi faire ?
Les robots viticoles ont été initialement développés en réponse à l’enjeu d’entretien du sol sans herbicide, avec notamment le désherbage mécanique robotisé sous le rang. Les autres applications pour la vigne ont été développées dans un second temps. Cette diversification des tâches a pour objectif d’améliorer la rentabilité de l’investissement, avec des robots polyvalents qui sont en mesure de réaliser la tonte, l’épamprage, le rognage, la pulvérisation, en plus du travail du sol. A noter, ces actions sont réalisées uniquement rang par rang pour l’instant.
Quels types de robots existe-t-il ?
Actuellement sur le marché, on retrouve les robots enjambeurs comme les robots Ted de Naïo Technologies ou Bakus de Vitibot, qui font du travail du sol sous le rang et commencent à montrer de la polyvalence avec d’autres équipements possibles : rogneuse, épampreuse, tondeuse, et aussi de la pulvérisation pour Vitibot. Il existe aussi des robots interlignes chenillards adaptés aux inter-rangs larges, par exemple le RX-20 de Pellenc, ou encore les robots Romax Viti et Black Shire, qui peuvent aussi réaliser d’autres tâches. Ces robots peuvent être électriques ou hybrides.
En vignes larges, bien que la preuve du concept ait été faite, la pulvérisation robotisée est encore en développement. Pour l’instant, la pulvérisation robotisée est faite rang par rang, avec par conséquent un faible débit de chantier, ce qui peut être limitant en cas d’urgences phytosanitaires. De même pour la rogneuse, le travail rang par rang est plus lent, mais cela n’est pas forcément un frein pour cette intervention, et reste pertinent pour des passages fréquents comme dans le cas des V.I.E.
Certaines de ces applications pourraient être combinées mais cela reste pour l’instant expérimental. Il est par exemple envisagé de combiner un intercep électrique avec une tondeuse inter-rang. Dans le cas d’un cavaillon travaillé et des inter-rangs enherbés, on pourrait donc avoir un enjambeur qui désherbe mécaniquement sous le rang, et qui tond l’herbe de l’inter-rang. La tonte de l’herbe oppose peu de résistance comparée à un travail du sol, ce qui empêchera le robot de trop bouger et maintiendra une bonne qualité du travail sous le rang. Un robot interligne pourra pour sa part être adapté à un travail mécanique en plein.
Robot Bakus de Vitibot
Robot TED de Naïo Technologies
Pour des raisons de sécurité, les outils ne doivent pas dépasser la largeur du gabarit du robot. Par conséquent, pour combiner tonte de l’inter-rang et travail mécanique sous le rang, le robot tondra deux demi-inter-rangs à l’aller, et tondra deux autres demi-inter-rangs au retour en travaillant le rang suivant.
Quels sont les avantages pour un V.I.E. ?
Les robots permettent un gain de temps qui passe par une réorganisation de la stratégie de gestion de la parcelle. Une bonne complémentarité dans les interventions permet de gérer les périodes compliquées du printemps : le robot fait l’entretien du sol pendant que l’opérateur traite, ce qui évite de devoir faire un arbitrage entre gestion phytosanitaire et entretien du sol.
Le travail mécanique sous le rang réalisé par les robots est précis et régulier, ce qui permet de limiter le risque de casse lié à une baisse de la concentration qu’aurait un opérateur sur des rangs très longs et monotones.
A savoir, les robots ne sont pas autorisés à rouler sur route et doivent donc être transportés pour changer de lieu. L’utilisation de robots viticoles est ainsi adéquate pour un système V.I.E., grâce au regroupement des parcelles sur un ilot rapproché. De même, le format des parcelles V.I.E. avec des superficies importantes et des rangs longs permet d’optimiser le travail du robot et de minimiser le temps cumulé de demi-tours sur le temps total.
Les robots qui fonctionnent en électrique total bénéficient d’une empreinte carbone abaissée comparée au tracteur thermique, grâce à une consommation d’énergie brute plus faible. En effet, un robot électrique consomme 5 KWh/ha/passage, tandis qu’un tracteur thermique consomme 5 à 7 L de fuel/ha/passage (sachant qu’ 1 L de fuel correspond à 10 KWh). A noter cependant, le travail avec robot électrique est un peu moins efficace qu’un passage avec tracteur thermique et peut demander quelques passages supplémentaires.
Quels coûts faut-il considérer ?
Le prix des robots viticoles type enjambeurs tourne autour de 200 000 € actuellement. Dans un système V.I.E. de 30 ha, en considérant un amortissement sur 7 ans, on a donc un coût d’amortissement de 950 €/ha/an, hors assurance, abonnement, énergie, et coût de la main-d’œuvre pour la gestion du robot. En comparaison, pour le travail mécanique sous le rang avec tracteur thermique et tractoriste, le coût total varie entre 450 €/ha/an et 650 €/ha/an (amortissement, main-d’œuvre, fuel). Dans le cas d’un achat sans aide, il est donc encore difficile de trouver un retour sur investissement. Il existe actuellement des aides FranceAgriMer pour la réduction des herbicides qui financent jusqu’à 50% du prix du robot. L’accès à ces aides rend ainsi le robot plus compétitif et le système économique se rapproche des ordres de grandeur traditionnels.
A cela s’ajoutent des frais d’abonnement de 2000 à 4000 €/an pour la correction RTK du GPS (pour le positionnement précis du robot par rapport au rang) et la collecte de données sur la plateforme constructeur. Enfin, l’assurance coûte de l’ordre de 600 €/an.
Le coût d’amortissement ne doit cependant pas être le seul élément pris en considération dans une stratégie de robotisation des interventions, compte-tenu de la qualité du travail réalisé et des périodes compliquées pendant lesquelles la complémentarité des travaux est bénéfique.
Il est donc possible de concilier qualité d’application, réduction des coûts et préservation de l’environnement moyennant l’utilisation de techniques d’application adaptées.
Quelles sont les limites actuelles des robots ?
Bien que ce type de matériel revendique une réelle autonomie, il reste une astreinte utilisateur pour la planification des missions, le réglage des outils, la logistique, et une supervision distante ou de proximité. Si un obstacle est détecté et qu’un risque est identifié, le robot s’arrête et demande à être réarmé par une personne physique pour reprendre. Aussi, une personne qui s’approcherait du robot risque de le faire s’arrêter pour raisons de sécurité. Au contraire, les arrêts techniques, par exemple pour mauvaise réception GPS, ne demandent pas la venue du superviseur et le robot sait redémarrer seul.
Par conséquent, la parcelle doit être « propre », sans souche sèche en travers d’un rang par exemple, pour limiter l’occurrence des arrêts sécuritaires pour cause d’obstacle. Dans tous les cas, une supervision de proximité sera utile pour limiter les temps d’arrêts.
Pour limiter les risques, plusieurs solutions sont possibles : mettre des panneaux pour signaler le robot en fonctionnement et empêcher l’entrée dans la parcelle, fermer les voies d’accès aux parcelles, clôturer les parcelles ouvertes.
Enfin, un V.I.E. a vocation à être irrigué. Les interactions avec les systèmes d’irrigation sont à anticiper avant d’utiliser un robot :
- Dans le cas d’une irrigation enterrée, il n’y a pas de problème ;
- Pour une irrigation posée au sol, le travail mécanique sous le rang n’est pas possible ;
- Pour une irrigation suspendue ou pour les portions de tuyaux apparentes en bout de rang, des protections doivent être installées. En effet, un tractoriste peut contrôler ce qui se passe, à la différence du robot qui n’a pas la capacité à « voir » ce type de problème.
Conclusion
Les robots sont une option en développement pour répondre aux enjeux de main-d’œuvre et de gain de temps. Cependant, leur coût reste élevé, et plusieurs opérations sont encore en développement. La fonction de travail du sol est la plus élaborée et représente déjà un gain de temps important dans la gestion des vignes. L’amortissement du matériel doit ainsi être fait en maximisant les surfaces gérées pour exploiter au mieux le robot, ainsi que, dans la mesure de l’existant, en maximisant le type d’opérations réalisées.
Christophe Gaviglio