L’ENTRETIEN DU SOL D’UN V.I.E. 

L’entretien du sol d’un vignoble Innovant Eco-responsable passe par une combinaison de techniques en adéquation avec les objectifs de production et les objectifs de durabilité environnementale. Cela peut passer par le travail du sol de l’inter-rang ou du rang par le désherbage mécanique et l’entretien des inter-rangs par l’enherbement et la mise en place de couverts végétaux. Le VIE n’autorise pas l’utilisation d’herbicide sur la totalité de la surface du sol, son utilisation est limitée à la zone sous le rang. Quand c’est possible, le désherbage mécanique est à favoriser.

Quelle stratégie adopter ?

La recherche de durabilité passe par la combinaison des techniques. Dans une même parcelle, trois zones doivent faire l’objet d’approches différenciées :

  • Les bordures de la parcelle (tournières, fossés, talus) : à enherber pour limiter ruissellement et transferts de pesticides.
  • L’inter-rang : privilégier les techniques alternatives. Tous les inter-rangs ne sont pas forcément gérés par la même technique. On peut décider d’enherber un inter-rang sur deux pour limiter la concurrence de l’enherbement. L’autre inter-rang peut être travaillé et semé avec des engrais verts en automne.
  • Le rang : le désherbage chimique est limité à la zone sous le rang de vigne. Le désherbage mécanique peut également être utilisé et est recommandé dans le V.I.E.

La gestion différenciée du rang et de l’inter-rang permet de limiter l’emploi des herbicides en privilégiant les alternatives dans l’inter-rang. L’absence totale d’herbicides est possible, mais la difficulté réside principalement dans la mise en place d’alternatives sous le rang, zone où le passage des outils est rendu difficile par la présence des souches et des piquets. Il faut favoriser le développement d’une couverture herbacée du sol en dehors de la période végétative de la vigne. L’objectif n’est plus d’avoir « zéro adventice » mais de gérer leur nuisibilité en évitant la présence de plantes fortement concurrentielles pendant la phase de développement de la vigne. L’itinéraire d’entretien des sols sur la parcelle pourra être revu au cours du temps en fonction de l’évolution de la flore, de l’évolution de la vigueur et du rendement, de problèmes d’érosion…

Le raisonnement doit, de plus, tenir compte de la diversité des situations pédoclimatiques, économiques et des objectifs de production.

 

Le travail du sol dans un vignoble Innovant Eco-responsable est un compromis entre les objectifs de production et les efforts environnementaux : protection des sols, portance, apports exogènes, réduction d’intrants… Le seuil d’enherbement se défini en fonction des objectifs de production : 1/2 inter-rang enherbé, 1/3 et le cavaillon travaillé, tous les inter-rangs travaillés et le cavaillon enherbé, etc

La stratégie d’entretien du sol doit se réfléchir en fonction de la production souhaitée mais aussi de la concurrence hydrique et azotée engendrée par l’enherbement sur les inter-rangs. Le cavaillon peut faire l’objet d’une réduction d’intrants par le desherbage mécanique. De plus, la présence d’un système d’irrigation goutte à goutte enterré ou aérien doit guider les choix de travail du sol. L’irrigation enterrée dans l’inter-rang ne permet pas de travail du sol en profondeur (30cm) mais permet d’entretenir un couvert et de mécaniser le cavaillon. L’irrigation enterrée sous le rang permet de travailler les inter-rangs en profondeur, et un travail superficiel du cavaillon reste possible. Le travail du sol doit donc s’adapter au positionnement du système d’irrigation.

Quels sont les différents types de travail du sol ?

L’ameublissement, le décompactage : travail visant à la création d’un état structural favorable à la captation des eaux de pluie et au développement d’une vie dans le sol grâce à la formation d’une porosité plus importante. On distingue l’ameublissement des couches superficielles du sol, pouvant être réalisé sur toute la largeur de travail, et le réel décompactage en profondeur, réalisé avec une sous-soleuse passant uniquement au milieu de l’inter-rang pour fracturer ou émietter les horizons de sol compactés. L’utilisation excessive du décompactage peut amener quelques problèmes : formations d’ornières dans le passage des roues du tracteur, phénomènes d’écoulement préférentiel dans des zones sensibles à l’érosion. Le choix du moment de passage est important car pour obtenir un bon résultat il faut intervenir sur un sol pas trop humide. On évite ainsi la formation d’un lissage dans le sol.

Le drainage : Utilisée avec un boulet attaché à son soc, une sous-soleuse crée une galerie permettant à l’eau de s’écouler lorsque l’on a affaire à des problèmes de mouillères dans des parcelles.

Les opérations pour limiter l’évapotranspiration : dans des zones à forte évapotranspiration potentielle, un griffage superficiel permet de rompre le réseau capillaire par lequel l’eau remonte vers la surface. Pour cet objectif on privilégiera des outils à dents vibrantes nombreuses, équipés de socs type «côte de melon» pour un travail superficiel, rapide.

L’enfouissement d’un amendement : grâce à un outil à dents rigides formant des sillons.

Le désherbage mécanique : retournement, enfouissement ou destruction des parties herbacées des adventices : travail peu profond, devant prendre en compte les fenêtres météo favorables au bon dessèchement des adventices. Il est pratiqué dans l’inter-rang et sur la ligne des souches avec les outils interceps.

La destruction d’un enherbement : Pour détruire un enherbement spontané par une houe rotative à axe horizontal ou des outils à dents rigides équipés d’ailettes de désherbage.

Le travail du sol toute l’année dans l’inter-rang : combinant à la fois désherbage et ameublissement, il est réalisé avec des outils polyvalents. Les parcelles sont travaillées toute l’année, avec à l’automne un passage plus profond et à partir du printemps des passages d’entretien réalisés en équipant les socs d’ailettes de désherbage.

Combien ça coûte ? L’entretien mécanique du sol a un coût, qui s’établit différemment de l’entretien chimique. Le coût des intrants est nul mais il faut prendre en compte les consommables, l’investissement matériel et surtout le temps passé.

Le désherbage mécanique sous le rang, comment faire ?

Le désherbage mécanique sur la ligne des souches permet d’éviter complètement le recours aux herbicides pour une viticulture plus respectueuse de l’environnement. La difficulté d’intervenir mécaniquement entre les souches impose l’utilisation de matériels assez précis, et les techniques dans ce domaine sont assez variées (mécanique avec pare-cep, hydraulique avec palpeur, électro-hydraulique avec capteur de position).

Le choix d’un outil, ou d’un porte-outil qui recevra différents modules doit être guidé par l’itinéraire de désherbage envisagé, et par un certain nombre d’éléments liés à la parcelle :

  • La conformation des ceps dans la parcelle
  • Les types d’adventices présents sur la parcelle (vivaces?)
  • L’état du sol (et sa nature) au moment du passage est primordial car il influe sur la résistance rencontrée par l’outil dans la terre
  • La présence de cailloux
  • La hauteur du cavaillon existant
  • Le dévers

Voici les principales catégories d’outils :

  • lames décavaillonneuses (engendrent des déplacements de terre)
  • lames bineuses simples
  • outils rotatifs à lames horizontales (houe rotative), pour un enherbement léger
  • outils rotatifs à lames verticales (herse rotative)

Lame bineuse intercep

Outil rotatif intercep

Ainsi, on essaiera d’optimiser le nombre de passages tout au long de la saison et on ne passera pas les mêmes outils en début et fin de campagne. Le choix des outils à intégrer dans la stratégie devra aussi prendre en compte le type de sol et le type de flore initial. La gestion des déplacements de terre est à prendre en compte dès le départ dans l’alternance des outils.

Pourquoi enherber les inter-rangs ?

L’enherbement :

  • est une source de matière organique et permet d’augmenter la vie biologique des sols
  • a un effet décompactant du tissu racinaire et augmente la stabilité structurale, la porosité et la perméabilité du sol
  • assure une protection de la surface du sol vis à vis de la pluie, et permet ainsi de limiter le ruissellement, les phénomènes d’érosion et
  • les transferts de produits phytosanitaires
  • améliore la portance du sol
  • permet de créer une niche écologique pour les auxiliaires comme les typhlodromes 

Cependant, l’enherbement peut être à l’origine d’une concurrence hydro-azotée qui se manifeste sur la vigne par une réduction de la vigueur et une baisse du rendement. Cette concurrence est variable en fonction des contextes pédo-climatiques et peut être compensée après plusieurs années d’implantation en fonction de la possibilité des racines de la vigne à se développer en profondeur.

Dans le cadre d’un V.I.E le seuil d’enherbement acceptable doit être défini en fonction des objectifs de production et de la capacité de la parcelle à supporter un enherbement dans le temps (enherbement hivernal, enherbement spontané, couverts végétaux) et dans l’espace (tous les IR, 1/2,1/3). L’enherbement va apporter une plus-value au système, va permettre de structurer le sol, d’améliorer la portance du sol, nécessaire dans un système fortement mécanisé comme le V.I.E.

Quelles parcelles enherber ?

La majorité des parcelles âgées d’au-moins 3 ans peuvent être enherbées, à l’exception des parcelles non-mécanisables et celles aux sols superficiels souffrant d’un important stress hydrique. Les parcelles gélives peuvent également être enherbées à condition de réaliser une tonte avant le débourrement. 

Quand enherber et combien de temps ?

Il est préférable de semer à l’automne, le plus rapidement après les vendanges. Un semis de printemps est également possible mais son implantation sera plus difficile. Aucune fertilisation en plein n’est nécessaire, car le risque d’augmenter la vigueur du gazon est trop grand. Si la fertilisation est obligatoire, elle doit être localisée sur le rang ou réalisée par voie foliaire entre les stades floraison et fermeture de la grappe. Avant de semer, on réalise un griffage superficiel pour émietter et éliminer les adventices.

Quelles espèces implanter ?

L’enherbement peut être spontané ou semé. Dans le cas d’un enherbement semé, les graminées sont préconisées, la plupart du temps en mélange. Les légumineuses peuvent également être implantées.
La pérennité d’un enherbement dépend des espèces choisies. Les préconisations sont en général de 5 ans, mais peuvent être étendues, en fonction de l’état de propreté de l’enherbement, à 8-10 ans.

Comment entretenir l’enherbement ?

Il est crucial de prendre soin de l’enherbement la première année, et d’éviter de l’arracher par des passages de tracteur dans de mauvaises conditions.

l’entretien s’effectue par tontes :  3 à 5 tontes annuelles sont suffisantes.
l’entretien du cavaillon peut être réalisé de manière chimique, mécanique ou thermique

Quel est l’intérêt des engrais verts ?

On peut définir un engrais vert comme toute plante cultivée pour augmenter la fertilité du sol et non pour être récoltée. Les engrais verts s’implantent dans les inter-rangs.

Pourquoi implanter un engrais vert ?

L’implantation d’engrais vert peut présenter plusieurs intérêts :

  • amélioration de la structure du sol. L’action mécanique des racines de l’engrais vert permet d’ameublir le sol de l’inter-rang jusqu’à 1,5 m de profondeur et d’améliorer la pénétration de l’eau et de l’air.
  • amélioration de la fertilité minérale : certaines familles d’engrais verts utilisent les éléments minéraux sous forme insoluble alors qu’ils sont inutilisables tels quels par la vigne. La destruction de l’engrais vert permet leur restitution à la vigne sous une forme assimilable. Les engrais verts permettent également, en stockant les éléments durant l’hiver, de limiter les phénomènes de lessivage par les pluies. Les Légumineuses contribuent à enrichir le sol en azote par fixation symbiotique de l’azote atmosphérique si le temps de culture est supérieur à 50 jours
  • apport de matière organique et amélioration de l’activité biologique. Les engrais verts stimulent l’activité biologique du sol de manière rapide et intense pendant leur croissance et surtout après enfouissement. Les quantités d’humus formées permettent d’entretenir le taux de matière organique du sol mais sont souvent insuffisantes pour le faire remonter
  • protection contre l’érosion et le ruissellement. Les engrais verts, comme l’enherbement permanent, ont une double action de protection du sol et d’amélioration de la capacité d’infiltration de l’eau. Ils permettent ainsi de diminuer le ruissellement et de lutter contre l’érosion

Les engrais verts vont former une couverture du sol temporaire, vont protéger le sol en hiver et améliorer sa fertilité par l’apport d’azote exogène lors de leur destruction et enfouissement au printemps. Le travail du sol au printemps va accélérer la minéralisation de l’azote et sa restitution au système.

Quelles espèces utiliser ?

Les familles d’engrais verts sont classées en fonction de leur aptitude à fournir du carbone (“lent” ou “rapide”) et de l’azote. Le carbone “lent” correspond aux matières riches en cellulose et lignine comme les céréales à paille (Graminées). Le carbone “rapide” est associé aux Légumineuses et aux Crucifères (trèfle, navette, moutarde…), sources de sucres facilement dégradables. Les Légumineuses apportent également de l’azote (féverole, pois fourrager, etc). Afin de s’assurer que les microorganismes puissent dégrader correctement la matière organique sans priver la culture d’azote (faim d’azote), il apparaît souhaitable de mélanger les engrais verts afin de disposer d’une formulation équilibrée entre carbone lent, rapide et azote.

Engrais vert dans un V.I.E

Comment implanter puis détruire un engrais vert ?

Un engrais vert se sème en général après les vendanges, une fois le sol préparé. Le sol doit être suffisamment émietté pour permettre une bonne levée. Sur vigne en place, un passage de houe rotative ou un à deux passages de vibroculteur peut suffire. Le semis est réalisé à la volée ou avec un épandeur d’engrais idéalement pendant la période des vendanges afin de profiter des températures clémentes et des pluies de fin d’été ou d’automne, ou courant octobre / début novembre en adaptant le choix de espèces. Il est conseillé de rouler ou de réaliser un griffage superficiel après le semis. Aucune fumure n’est en général à prévoir car l’apport de fertilisants a tendance à favoriser le développement des parties aériennes au détriment des racines.

Il est possible de restituer au sol la biomasse fournie par le couvert de différentes façons : roulage, broyage, tonte, enfouissement. Cela a bien sûr un impact sur la vitesse de dégradation du couvert et sur sa minéralisation. Mais cela conditionne également les opérations ultérieures d’entretien de l’inter-rang : tonte ou désherbage mécanique. Si tous les couverts peuvent être stoppés par le roulage lorsqu’ils sont en fin de cycle végétatif, ceux qui s’y prêtent le mieux sont ceux dont les tiges sont creuses : la féverole par exemple est assez simple à rouler.

Share This