FICHES PRATIQUES EN ŒNOLOGIE
QUELQUES CLÉS D’ÉLABORATION DES VINS ROSES
Saignée ou pressurage direct ?
- Dans le cas d’une saignée, la maturité du rosé correspondra à une maturité de raisins rouges, avec recherche d’une maturité phénolique plus ou moins poussée. Dans ce cas de figure, l’extraction des jus ne nécessite pas de matériel adapté et s’effectue sans pressurage. Rosé assez lourd, vineux mais avec un potentiel de garde supérieur
- Dans le cas d’un rosé de pressurage (avec ou non une phase de macération de quelques heures), on pourra rechercher une légère sous-maturité, gage de vivacité et de fraîcheur aromatique. Dans ce cas de figure, il est préférable de disposer de matériel de pressurage adapté de type pneumatique. Rosé aromatique, frais à consommer rapidement
Quelle parcelle choisir pour élaborer du rosé ?
Quelle maturité rechercher pour élaborer du rosé ?
Quel itinéraire de vinification adopter pour élaborer du rosé ?
- Vendanger tôt le matin lorsqu’il fait frais afin de prévenir les oxydations. Limiter au minimum la trituration de la vendange. Si vous ne disposez pas de systèmes de refroidissement de la vendange, la température de récolte sera celle de la macération
- Sulfiter modérément au vignoble (<2g/hl dans le cas d’une vendange saine) et le plus précocement possible, dès le godet de la machine à vendanger ou dans la benne. Attention, le SO2 favorise la macération et l’extraction des composés phénoliques (anthocyanes et tannins)
- Foulage pour permettre la libération du jus et la diffusion des anthocyanes dans le moût, et éraflage afin d’éviter l’extraction des polyphénols et des saveurs acerbes
- Sulfitage de la vendange (3-5g/hl dans le cas de vendange saine)
- Phase de macération (de quelques heures ou non) dans le pressoir ou une cuve tampon après inertage à l’aide de diazote ou mieux de CO2 ou de neige carbonique
- Egouttage puis pressurage (pas plus de 1200 mbar) avec si possible protection du jus contre l’oxydation
- Enzymage dans la maie du pressoir à l’aide d’enzymes pectolytiques (1 à 2 g/hl suivant les spécialités)
- Pompage du moût dans la cuve de débourbage préalablement inertée
- Refroidissement du jus à une température inférieure à 10°C pour éviter le départ en fermentation alcoolique pour débourbage statique
- Débourbage du moût vers la cuve de fermentation. Veillez à inerter la cuve de départ et celle de destination
- Le moût obtenu peut être trop propre (turbidité<50 NTU) et il peut être nécessaire de le « tacher » légèrement à l’aide des bourbes les plus fines afin d’obtenir une fermentation franche et complète des sucres
- Mise du moût en température à au moins 15°C avant levurage à 20 g/hl à l’aide de levure de vins blancs préférentiellement
- Conduite de la fermentation alcoolique entre 16-20°C
- Suivi régulier de la densité et de la température
- Sulfitage à la fin de la fermentation alcoolique à 5 g/hl car la fermentation malolactique n’est recherchée
- Soutirage à l’abri de l’air et gestion des sulfitages
- Collage à la bentonite pour éviter la casse protéique
- Stabilisation tartrique
- Filtration
- Mise en bouteille
Pour obtenir des rosés de qualité et aromatique et éviter les arômes herbacées et de réduction, les moûts de saignée ou de pressurage direct doivent être débourbés avant mise en fermentation. La turbidité mesurée en NTU doit être inférieure à 200.
Pour l’inertage des moûts, le CO2 contrairement à l’azote est plus lourd que l’air et possède l’avantage de former une couche protectrice au-dessus du moût. Il se dissout par contre dans le moût ou le vin. Sur moût, il est préférable d’utiliser du CO2 et sur vin du N2 ou un mélange CO2/N2 afin d’éviter l’enrichissement en CO2 ou la décarbonication. Le CO2 est par contre légèrement plus cher. En ce qui concerne l’acide ascorbique ou vitamine C, il est autorisé sur vendange comme anti-oxydant depuis peu. Il est efficace mais doit impérativement être utilisé avec le SO2, dans le cas contraire son oxydation conduit à la formation de molécules catalysant les réactions d’oxydation.
Quelles sont les variantes possibles ?
- Le SO2 possède un effet dissolvant. Afin de gérer au mieux la macération et de ne pas extraire trop de polyphénols, on peut choisir de fractionner les apports de SO2. Par exemple 2g/hl au foulage et 2g/hl à la sortie du pressoir
- On peut procéder à l’enzymage de la vendange lors de la phase de macération, ce qui augmente la vitesse d’extraction et améliore la pressabilité du moût et augmente la fraction de jus de goutte
- La stabulation longue durée sur bourbes avant départ en fermentation alcoolique à 4°C pendant au minimum 10 jours, permet d’améliorer le potentiel aromatique de type réducteur (fruit exotique, pamplemousse…)
Comment gérer l’extraction et la couleur des vins rosés ?
Comment influer sur le profil aromatique des vins rosés ?
- Avec un débourbage à 150 NTU environ + levure révélatrice de thiols (VL3, NT116) + une température de fermentation de 18°C, on va privilégier les arômes variétaux et orienter le produit vers un profil réducteur (fruit exotique, pamplemousse)
- Avec un débourbage plus poussé à 50-100 NTU + une levure productrice d’ester (71B)en fermentant à plus basse température (16°C), on orientera le produit vers un profil fermentaire (banane, fraise, bonbon anglais..). C’est d’ailleurs, le profil le plus apprécié par les dégustateurs sur nos vins rosés d’essai

Philippe Cottereau