FICHES PRATIQUES EN ŒNOLOGIE
LEVURES INDIGÈNES ET MAÎTRISE DES FERMENTATIONS SPONTANÉES
Quelles sont les levures indigènes naturellement présentes sur le raisin et dans le moût en fermentation ?
| Majoritaires | Autres | |
|---|---|---|
| Raisin | Aureobsidium pullulans | Kloeckera apiculata |
| Candida famata | Metschnikowia pulcherrima | |
| Brettanomyces | ||
| autres levures peu ou non fermentaires (Rhodotorula...) | Saccharomyces sp. | |
| Moût en fermentation | Saccharomyces cerevisiae | Kloeckera apiculata, javanica, apis |
| Metschnikowia pulcherrima | ||
| Torulaspora delbrueckii | ||
| Saccharomyces uvarum | Saccharomyces sp. | |
| Schizosaccharomyces sp. | ||
| Candida famata |
Quelles sont les levures dominantes au cours de la fermentation spontanée ?
Les vins élaborés par fermentations spontanées sont-ils plus complexes ?
Quels sont les points clés pour réussir une fermentation spontanée à l’aide de levures indigènes ?
- choisir une vendange de qualité sanitaire indiscutable
- maîtriser les triturations de la vendange et les délais avant encuvage
- rechercher un niveau d’hygiène élevé des locaux et du matériel de vinification
- utiliser du matériel spécifique pour éviter les contaminations et autres pollutions. Pompes, tuyaux et drapeaux sont des maillons sensibles à cet égard
- retenir de préférence les premiers lots de vendanges récoltés, la pression microbienne étant moins forte dans les locaux et sur le matériel œnologique
- adapter le sulfitage (3 à 5 g/hl) pour sélectionner les souches de levures les plus performantes
Pour la vinification en blanc, après débourbage et en l’absence de l’introduction d’un pied de cuve, le temps de latence avant départ en fermentation peut parfois atteindre plusieurs jours.
Comment réussir son pied de cuve ?
- Règle n°1 : Choix de la vendange • Choisir une vendange de qualité sanitaire indiscutable • Vendanger 6-7 jours avant la date de la vendange l’équivalent de 3% du volume de la/les cuve(s) à ensemencer
- Règle n°2 : Mise en œuvre et maîtrise du Pied de Cuve • Pressurage sans débourbage, sulfitage à 2-3 g/hL • Nutrition azotée (objectif : 200 mg/L azote assimilable) • Maintien de la température autour de 25°C et aération • Suivi quotidienne par prise de densité/température et dégustation
- Règle n°3 : Utilisation du Pied de Cuve • Utiliser uniquement un pied de cuve ayant une perte de densité rapide (-10 à -15 points/jour) et sans défaut organoleptique • Incorporation entre 1050 et 1020
Ce type de protocole ne peut en rien garantir la réussite à 100% des fermentations car la nature, le niveau des populations, l’état physiologique et les capacités fermentaires des flores levuriennes en jeu sont imprévisibles et incertaines.
- La réalisation d’un pied de cuve représente un réel intérêt pour l’utilisation de la flore indigène en fermentation alcoolique, si celui-ci est contrôlé et maîtrisé…mais ne possède pas l’aspect sécurisant et reproductible de l’utilisation des LSA
- La mise en œuvre d’un levain optimisé permet de réduire le temps de latence avant le départ en fermentation des moûts, notamment vis-à-vis de la fermentation spontané
- Le mode de préparation du levain (gestion des paramètres clés) impacte significativement son efficacité, mais plus sensiblement la composition de la flore fermentaire présente
Comment faire cohabiter dans un même chai fermentations spontanées et dirigées ?
- disposer si possible d’un local spécifique pour conduire séparément fermentations spontanées et dirigées
- utiliser également dans chaque local des pompes, des tuyaux et du petit matériel (soutirages, chaptalisation ou enrichissement) spécifiques
- pour les maîtrises thermiques, envisager un équipement spécifique par cuve
La réussite du levurage est conditionnée par l’utilisation des levains lorsque les cellules sont dans un état physiologique favorable à leur développement. L’idéal est de réaliser l’ensemencement vers la fin du stade de multiplication afin de concilier état d’activité avec densité cellulaire suffisante. Ces conditions sont obtenues en général 24 à 48 heures après le premier dégagement gazeux suivant l’ensemencement.

Philippe Cottereau